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[Documentaire 52 min] Charity business, les dérives de l'humanitaire

Haiti
Publié le 14.02.2018

La réalisatrice Sophie Bonnet a enquêté sur les dérives de l'humanitaire.

"Les multinationales de la charité"

En 2012, le secteur mondial des ONG regroupait 40 000 organisations, 19 millions de salariés (hors bénévoles), et générait un budget de 1 000 milliards de dollars par an.

Environ 56% des Français estiment donner régulièrement de l'argent à des organisations caritatives: 200 euros par don en moyenne et plus de 60% d’entre eux ont confiance dans les associations. Au total, près de 3 milliards d'euros atterrissent chaque année dans les caisses des 300 plus grandes associations françaises. Soit l’équivalent du chiffre d'affaire de la filière française d'Apple.

Pour autant, cette somme énorme n'est pas directement utilisée sur le terrain par les ONG. Elle sert en partie à rembourser les campagnes de collectes de dons réalisées par des entreprises privées. Et il est évident qu'une partie des dons servent à payer les frais de fonctionnement des ONG.

L’impact de l’humanitaire sur l’opinion publique est considérable, particulièrement lors de grandes crises médiatisées.  Les ONG sont ainsi devenues des acteurs économiques à part entière : compétitions exacerbées, coups tordus, opacité, délits d’initiés, fusions-acquisitions d’ONG… A l’écart des caméras qui mettent en scène l’émotion, les zones d’ombre ne manquent pas.

Dans ce milieu où l'argent est plus que jamais le nerf de la guerre, le documentaire s'intéresse également au business du tourisme humanitaire. Pour plusieurs milliers d'euros parfois, la visite de bidonvilles ou d'orphelinats par des jeunes est en effet devenue une pratique répandue et source de revenus importants pour des entreprises peu scrupuleuses.

Haïti, terrain de jeu des ONG

Les dérives de l'humanitaire ne se mesurent pas seulement à l'échelle des petites ONG ou associations. Le séisme en Haïti en janvier 2010, l'une des pires catastrophes que les humanitaires ont eu à gérer ces dernières années, en est un parfait exemple.

Au lendemain du désastre, la demi-île des Caraïbes a été un véritable terrain d'entraînement pour les milliers d'ONG, les Etats ou les grandes organisations internationales qui supervisent les programmes d'aide: les Nations Unies ou la Commission européenne, notamment.

Plus de 5 milliards de dollars (3,8 milliards d'euros) ont été récoltés après le séisme. "En 2010 et 2011, le pays était saturé d'argent, dans le sens où il était impossible de dépenser beaucoup plus", avoue un haut responsable de l'ONU interrogé en caméra caché.

Plus de trois ans après pourtant, Haïti est encore loin de s'être relevée. Des sommes énormes se sont évaporées et les shelters, ces cabanes préfabriquées et provisoires construites à la hâte, continuent de sortir de terre plutôt que des constructions en dur.

Dans cette enquête édifiante et très instructive, Sophie Bonnet soulève ce qui est, selon elle, l'un des paradoxes actuels de l'humanitaire en Haïti: un pays englué dans un état d'urgence sans vision de développement à long terme.

Des voix de plus en plus nombreuses accusent aujourd’hui les ONG de saper le développement des Etats qu’elles sont censées aider. Dans certains pays, la révolter commence à gronder contre les humanitaires.

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