Acteurs Bretons de la coopération internationale et de la solidarité

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Parcours thématique n°3

QUELS PARTENARIATS ENTREPRISES-ONG POUR LE DEVELOPPEMENT DE L'AGRICULTURE, DE L'AGRO-ALIMENTAIRE ET DE LA PECHE DANS LES PAYS DU SUD ?

Publié le 19.05.2015

Interviews de Jean-Louis Rastoin (Chaire UNESCO « Alimentations du monde »), Patrick Saigot (entreprise Moules de Groix) et Franck Delalande (Lobodis)

Jean-Louis Rastoin - Chaire UNESCO « Alimentations du monde »

Quel est le sujet de votre intervention ?

Dans un premier temps, je vais aborder la question de l’évolution de nos systèmes alimentaires. Le modèle dominant agroindustriel est de plus en plus contraint par les exigences du développement durable. Ce modèle ne répond plus aux enjeux sociaux et environnementaux actuels et produit des nuisances. Néanmoins, il a l’avantage de produire en masse à des coûts très bas.

Il faut aujourd’hui réfléchir à un nouveau modèle, celui de la proximité et de la qualité totale. Il s’agit de faire des produits non pas basés uniquement sur le visuel et la conservation, mais plutôt sur le goût et les qualités nutritionnelles. En ce qui concerne la proximité, ce n’est pas tant celle entre le producteur et le consommateur qui importe, mais plutôt celle entre le producteur et le transformateur. En Bretagne par exemple la capacité de production est très importante. En adoptant une stratégie de différenciation agroalimentaire par la qualité, il deviendrait aisé de « reconquérir le marché régional », tout en développant l’export.

Pour revenir aux Assises de la solidarité internationale, il s’agit de transmettre ce modèle intéressant pour les pays « riches » aux pays dits « pauvres » qui n’ont pas encore adopté le modèle agro-industriel. Il faut les inciter à développer un système dit SAT (Système Alimentaire Territorialisé) plutôt qu’une production de masse mondialisée, pour qu’ils ne reproduisent pas nos erreurs. L’enjeu est de voir comment la coopération Nord-Sud peut favoriser la mise en place de SAT, via notamment le développement des partenariats entre PME du Nord et du Sud avec l’appui d’ONG. Le défi est de réussir à mettre en relation les PME par filière pour que l’aide apportée en termes de formation et de qualification soit bénéfique. Pour l’instant, sauf exception, les PME ne s’investissent pas à l’inverse des groupes industriels qui implantent des filiales dans les Pays du Sud.

Qu'attendez-vous de ces Assises ?

J’espère qu’il y aura dans l’assistance beaucoup de représentants du monde économique et surtout des PME et entreprises de taille intermédiaire. Les PME sont en général sous représentées lors de ce type d’événement à l’inverse des grands groupes, car le sud représente pour ces derniers un marché en croissance. Il faut réussir à faire comprendre aux PME et entreprises intermédiaires que travailler avec les entreprises du Sud présente un réel intérêt. Elles peuvent contribuer à former les dirigeants et salariés et aider à la structuration des entreprises locales, ces dernières pouvant ensuite devenir un canal de diffusion de leurs produits.

Cette année les Assises s’adressent aux entreprises et acteurs économiques, que pensez-vous des partenariats et liens entre associations de solidarité internationale et entreprises ?

La relation avec les ONG peut-être complexe. Les ONG font un remarquable travail de pionniers solidaires. Les ONG devraient ensuite passer le relais aux PME au lieu de s’engager elles même directement dans des activités de production ou de service. De mon point de vue, elles pourraient être des partenaires des PME, pour faciliter leur insertion et ainsi créer des activités et des emplois au Sud.

 

Patrick Saigot - Les Moules de Groix, Société conchylicole de l'Océan Indien

Quel est le sujet de votre intervention ?

Dans le cadre de la coopération décentralisée entre la Région Bretagne et celle d’Anosy à Madagascar, j’ai choisi de mener un projet ostréicole en accord avec mon métier de dirigeant de l’entreprise « Les Moules de Groix ». J’ai investi directement pour créer une entreprise sur place. Malheureusement, l’activité vient de cesser en avril 2015 après une expérience de deux années. Cette fermeture est en partie due à la difficulté de respecter un cahier des charges particulièrement contraignant sur son volet social.

Qu'attendez-vous de ces Assises ?

Je viens avant tout pour témoigner de cette aventure qui est née de la coopération décentralisée entre la Bretagne et cette région malgache. Même si cette histoire s’est terminée d’une façon que je n’avais pas souhaitée au démarrage, j’ai répondu bien volontiers à l’invitation du Conseil régional de Bretagne. Cela va notamment me permettre de mieux connaitre le monde de la solidarité internationale.

Cette année les Assises s’adressent aux entreprises et acteurs économiques, que pensez-vous des partenariats et liens entre associations de solidarité internationale et entreprises ?

La coopération entre entreprises et ONG est sans doute possible et souhaitable. J’ai moi-même cherché un partenaire de ce type pour prendre en charge le recrutement du site de production à Madagascar mais aussi pour m’accompagner dans mon projet de création d’une coopérative villageoise. La sous-traitance de ces activités m’aurait permis de consacrer plus de temps au développement commercial de l’entreprise qui reste le point fondamental de la réussite d’un projet entrepreneurial. Malheureusement je n’ai pas trouvé le partenaire adéquat, ce qui a plombé mon projet. Mais je ne regrette pas cette aventure.
 

Franck Delalande - Lobodis

Quel est le sujet de votre intervention ?

Je vais apporter mon témoignage sur les relations que nous entretenons avec les producteurs de café d’Afrique et d’Amérique du Sud, en particulier de Bolivie. Il s‘agit de petits exploitants agricoles qui cultivent des parcelles dont les dimensions sont sans commune mesure avec ce que l’on connaît en Europe. Dans le cadre de notre activité de commerce de café équitable, nous travaillons directement avec les producteurs pour supprimer des intermédiaires.

Qu'attendez-vous de ces Assises ?

Pour une entreprise comme la nôtre, qui vend des produits, il est toujours intéressant de se faire connaître. En consultant la liste des participants aux Assises et les raisons de leur venue, nous obtenons des informations qui peuvent nous être utiles. Nous pouvons par exemple cibler certaines personnes susceptibles de nous intéresser pour avoir un retour sur nos produits et sur notre démarche de commerce équitable. Cela nous permet aussi de « prendre le pouls », de connaître les attentes des consommateurs et de mieux cerner la demande.

Cette année les Assises s’adressent aux entreprises et acteurs économiques, que pensez-vous des partenariats et liens entre associations de solidarité internationale et entreprises ?

Nous nous inscrivons parfaitement dans cette démarche. Dans le cadre international, nous travaillons en effet avec l’association Fairtrade - Max Havelaar qui est un vrai soutien pour notre entreprise. Max Havelaar fait la promotion de la consommation responsable et elle gère le label apposé sur des produits de différentes entreprises engagées dans cette démarche, comme Lobodis. C’est un plus pour le développement de notre chiffre d’affaires.

Au niveau local nous travaillons avec un ESAT (Etablissement et Service d’Aide par le Travail) situé à Bain-de-Bretagne qui compte plus de 250 personnes. La torréfaction et la logistique y sont réalisées. Cela offre du travail à 25 personnes en situation de handicap. Bientôt le champ d’activité s’étendra aussi à la mise en capsules, ce qui entraînera la création de 10 postes supplémentaires dans cet ESAT.