Acteurs Bretons de la coopération internationale et de la solidarité

Région BretagneActeurs Bretons de la coopération internationale et de la solidarité

Les écueils à éviter !

photo n°31

Différents éléments de cette page s'inspirent du document édité par Ritimo: "Le Don, une solution?"

Transposer des solutions toutes faites

Intervenir sans tenir compte des spécificités locales

Prendre toutes les demandes des partenaires au pied de la lettre

S'imaginer que tout ce qui n'est plus utile ici peut servir là-bas

Agir sans tenir compte des autorités locales et de leur plan de développement local

 

Transposer des solutions toutes faites

Il n'existe pas de recette pour un bon projet de développement, et il est important de rester prudent par rapport aux transpositions de solutions, qu'elles soient originaires du Nord ou du Sud. Ce n'est pas parce qu'une technique a fonctionné au Mali qu'elle sera pertinente au Burkina Faso ou à Madagascar. Bon nombre de solutions techniques qui fonctionnent au Nord sont tout à fait inadaptées aux situations du Sud : par exemple, construire un réseau d'égouts dans une ville où les raccordements au réseau d'eau sont peu nombreux, et donc la consommation et les rejets peu importants, est voué à l'échec.

« Une ONG occidentale a voulu instaurer un mécanisme de micro-crédit, pour favoriser l'investissement d'agriculteurs africains dans du matériel agricole. Elle a récolté des fonds, sélectionné certains projets parmi les demandes et a mis en place un mécanisme de remboursement adapté au cycle des cultures : les remboursements sont prévus une fois la récolte vendue, à un moment où les paysans disposent d'argent. Cependant, malgré cette précaution, seule une très faible partie des fonds a été remboursée.
La cause avancée de cet échec est le caractère « froid » de l'argent prêté. Il existe en effet dans beaucoup de pays du Sud, une distinction essentielle entre l'argent « froid » et l'argent « chaud ». Le premier, provenant d'organismes éloignés, anonymes, ne suscite pas de volonté de remboursement. Pour qu'un projet de micro-crédit fonctionne, il faut que les fonds prêtés soient de « l'argent chaud », c'est-à-dire lié à des relations sociales personnalisées. L'approche « épargne préalable au crédit », s'appuyant sur le principe des tontines (caisse où les différents membres d'un groupe cotisent régulièrement et utilisent l'argent chacun à leur tour), présente de biens meilleurs résultats ».

Il ne s'agit pas d'adapter nos pratiques, mais de partir de celles de nos partenaires, quitte à les faire évoluer ensemble.

Intervenir sans tenir compte des spécificités locales

Une bonne connaissance du contexte local est essentielle, ne serait-ce que pour comprendre les pratiques, les rythmes de vie, trouver les personnes ressources à mobiliser, tantôt les anciens, tantôt les femmes, tantôt les jeunes… il n'y a pas de règle.
« Une association d'étudiants français a proposé ses services pour aller faire de l'alphabétisation en milieu rural au Burkina Faso. Plusieurs villages contactés se sont trouvés très intéressés, l'analphabétisme étant une des difficultés majeures rencontrées par les paysans, notamment pour commercialiser leur production. Cependant, quand les étudiants sont arrivés pendant leurs congés d'été, ils n'ont trouvé personne pour venir suivre leurs cours ; la saison des pluies étant déjà bien entamée, les paysans et leur famille passaient la journée dans les champs. Après avoir pris contact avec les centres locaux d'alphabétisation, ils ont appris que l'alphabétisation au Burkina Faso se faisait entre les mois de janvier et avril, et de préférence en langue locale. »

Prendre toutes les demandes des partenaires au pied de la lettre :

Au cours de l'identification des besoins, les demandes formulées par les partenaires ne sont pas toujours claires. Il faut du temps pour réussir à distinguer les besoins réels des besoins supposés :
"Les dalles de N'Djamena: C'était des gens d'une ONG américaine qui à force de passer sur le goudron de N'Djamena et des villages proches, voyaient des femmes sécher leur gombos posés sur la route. Sans même causer aux femmes, ils sont allés faire des dalles de séchage derrière le village. Ils sont partis eux-mêmes construire les dalles. S'ils avaient seulement demandé aux femmes pourquoi elles faisaient sécher les légumes sur la route, elles auraient pu expliquer que cela leur permettait de surveiller le produit et de vendre en même temps de petites choses à ceux qui passaient. J'ai trouvé que c'était vraiment se moquer des gens: on fait des choses sans leur demander (...). Jusqu'à aujourd'hui, les femmes n'utilisent jamais ces dalles là." Aminé Miantoloum, association d'appui aux initiatives locales de développement, Tchad, dans "Le don, une solution?", Ritimo.

Les demandes nécessitent souvent une réflexion plus approfondie. En effet, beaucoup de requêtes concernent des dons (médicaments, fournitures scolaires, charrettes, ordinateurs…) et les solutions alors apportées ne seront que des réponses à court terme à des problèmes qui réapparaîtront plus tard. La question qui se pose alors est : comment soutenir nos partenaires dans l'obtention de ce qu'ils veulent, de sorte que la prochaine fois que ce besoin se fera sentir, ils puissent se procurer seuls ce qui leur manque ?
Il faut aussi avoir conscience que la demande s'adapte souvent automatiquement à l'offre escomptée : les populations savent par expérience que les ONG du Nord préfèrent donner du matériel que de l'argent, même si les dons en nature peuvent parfois être très déstabilisants pour les économies locales (vêtement, livres). La plupart des dons ont des effets désastreux : ceux de médicaments, par exemple, désorganisent le plan local de santé publique et la commercialisation locale de produits pharmaceutiques. Beaucoup sont revendus au coin des rues, sans que ni la dose, ni l'effet, ni le pouvoir curatif ne soient connus par le vendeur.

S'imaginer que tout ce qui n'est plus utile ici peut servir là-bas

S'il est vrai que la faiblesse des ressources favorise la débrouillardise et entraîne fréquemment une réutilisation des objets, il faut balayer de nos esprits l'idée selon laquelle tout objet peut avoir une seconde vie au Sud. Les dons d'engins sont bien souvent inappropriés aux pratiques locales ; lorsque le matériel est en plus endommagé, il nécessite des compétences techniques et des pièces souvent introuvables pour être remis en état.

 

Caricature 1

Source: Ritimo, "le don, une solution?"

On pense aux boîtes de lait en poudre envoyées en Ethiopie dans les années 70 alors que la sécheresse faisait rage et l'eau cruellement défaut, sans compter que la population illettrée était incapable de lire le mode d'emploi. Et les exemples ne manquent pas. Par ailleurs, les matériaux électroniques et électroménagers peuvent représenter des dangers pour l'homme et l'environnement à cause des substances qu'ils contiennent (sans compter que tous les villages sont loin d'être raccordés à l'électricité…).

 

Caricature 3

Source: Ritimo, "Le don, une solution?"

Manuels scolaires du programme français, vieux modèles d'ordinateurs ou vélos rouillés hors d'usage ne sont pas des denrées recherchées. Attention de ne pas transformer les pays du Sud en décharge des pays riches !

Agir sans tenir compte des autorités locales et de leur plan de développement local

Les partenaires du Sud ne sont pas toujours ceux qui disposent, au sein de la communauté, du pouvoir de décision dans le domaine d'intervention choisi (associations par exemple). Il est indispensable d'identifier au niveau de la communauté villageoise où le projet a lieu, l'interlocuteur ou le groupe reconnu localement, et de travailler avec eux en plus du partenaire.

Dans tous les cas, il est nécessaire de prendre contact avec les autorités centrales (avec les services déconcentrés de l'Etat) et surtout locales. En effet, de nombreux pays dans le monde s'engagent dans un processus de décentralisation. Les élus locaux sont les nouveaux détenteurs des compétences en aménagement du territoire, et ils ont un avis essentiel à donner sur l'intervention d'organisations étrangères sur leur commune. Leur implication permettra d'intégrer les projets au plan de développement de la commune et de les rendre cohérents avec les autres actions programmées. Les élus locaux ne veulent plus que leur collectivité soit « le terrain de jeu des associations occidentales ».