Acteurs Bretons de la coopération internationale et de la solidarité

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Interview d'Alain Traoré, coordinateur du programme maraîchage dans la Région du Centre au Burkina-Faso

Portrait Alain Traoré
Publié le 24.01.2014

Interview réalisée à l'occasion du séjour d'Alain Traoré en Bretagne pour intervenir lors de l'atelier animé par la Région Bretagne, l'ONG Pekea et l'IRAM (Institut de Recherches et d’Applications des Méthodes de développement) et organisé par la plate-forme ABCIS , dans le cadre de l'Université d'été de la solidarité internationale du 2 au 5 juillet 2014 à Rennes et portant sur « Monde économique et monde de la coopération/solidarité internationale : quelles convergences ? » Pendant son séjour, Alain Traoré a été accueilli par l'Union des coopératives de Tréguier-Paimpol, où il a pu approfondir ses connaissances sur la gestion des récoltes et de la conservation.

ABCIS : La Région du Centre du Burkina Faso et la Région Bretagne ont engagé une coopération économique pour la structuration de la filière maraîchère bio dans les Communes périphériques de Ouagadougou. En tant que coordinateur du programme au Burkina-Faso, en quoi consiste exactement votre rôle ?
 

AT : L'objectif général du projet est de développer la filière fruits et légumes en mettant en relation ordonnée et de manière durable l’offre et la demande de produits maraîchers de bonne qualité en région Centre. En ma qualité de coordinateur du projet à la Région du Centre depuis 2012, je suis l'interlocuteur de toutes les parties prenantes du projet (partenaires techniques, institutionnels..). Mon rôle est de faciliter les échanges et de créer une certaine synergie entre tous les acteurs et les partenaires. Sur place, au Burkina-Faso, je suis en lien direct avec les acteurs de terrain, notamment avec les trois techniciens des coopératives qui sont chargés d'apporter de l'appui-conseil aux producteurs adhérents Actuellement un technicien gère deux coopératives ; l'objectif à terme est un technicien pour une coopérative. Je leur apporte mon expertise afin d'aboutir à une meilleure gestion et animation des coopératives en proposant des outils de gestion, des formations sur des techniques de production et de récolte plus adaptées pour un meilleur rendement (en lien avec les partenaires techniques du projet), des méthodes de travail plus efficaces avec les producteurs...


 

ABCIS : Quelles sont les activités qui ont été menées jusqu'à présent ? Avec quels résultats ?

 

AT : Afin d'atteindre son objectif général, le projet s'articule autour de plusieurs activités :

-l’organisation et la structuration des acteurs de la filière (producteurs, commerçants, fournisseurs d'intrants,distributeurs..) ;

-le renforcement des capacités des acteurs de la filière (nombreuses formations dispensées en gestion administrative, techniques de production vers une agriculture biologique et/ou plus raisonnée , développement de techniques de vente...) ;

-le renforcement des capacités en Infrastructures et logistiques (mise à disposition par les Mairies de terrains afin de construire des bâtiments faisant office à la fois de bâtiments de conservation et de lieux de réunions) ;

- les appuis techniques (en matière d'appui-conseil...) ;

- L’accès aux services financiers (apports de micro-crédits aux producteurs leur permettant d'investir dans l'outil de production offrant un meilleur rendement , des conditions de vie meilleures et des possibilités de réinvestissement) ;

- l'accès aux intrants et autres facteurs de production (orientation vers une agriculture biologique)

- l'organisation de la commercialisation (offre de meilleurs débouchés de vente des produits maraîchers sur le marché de Ouagadougou et sa périphérie)

Les résultats obtenus sont de plusieurs ordres.

Le projet au départ ne concernait que 6 coopératives. Il touche maintenant 9 coopératives représentant environ un millier de producteurs. Il a permis aux collectivités au Burkina-Faso (Mairies, Conseil régional du Centre) d'entrer dans une démarche de partenariat. Cette nouvelle approche de travail en concertation et de mise en commun de moyens est à renforcer.

La production a augmenté quantitativement et qualitativement. Elle s'est diversifiée (introduction de la culture de la pomme de terre) via les partenaires techniques du projet notamment Agro Sans Frontière (ASF)-Bretagne et a généré davantage de revenus.

L'apprentissage sur site s'est avéré également très bénéfique pour les producteurs qui peuvent facilement reproduire les techniques et se professionnaliser. L'organisation des circuits de distribution apporte une plus grande visibilité aux coopératives.

@ Alain Traoré

 

ABCIS : De quelle manière votre poste contribue-t-il à la bonne organisation et au bon fonctionnement de la coopération mise en place ? De quelle manière travaillez-vous ? En concertation avec qui au Burkina-Faso et en France ? Quels sont les partenaires du programme au Burkina-Faso et en France ?
 

AT : Le projet s'inscrit dans le cadre d'une coopération décentralisée entre la Région du Centre du Burkina et la Région Bretagne. Je suis en quelque sorte le correspondant permanent du projet sur place. J'ai acquis une bonne connaissance du territoire et des acteurs impliqués dans le projet (institutionnels, techniques, financiers..) qui facilite le travail et le suivi du projet dans son ensemble. Comme évoqué précédemment, je suis en relation étroite avec les acteurs de terrain, mais aussi avec les collectivités locales au Brukina-Faso. En France, avec la Région Bretagne, les partenaires techniques, le Département de la Vienne qui participe également au programme. Deux autres partenaires financiers ont rejoint récemment le programme, l'UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine) et l'AFD (Agence Française du Développement), qui ont donné une nouvelle dimension au projet de départ. Un comité de pilotage réunissant l'ensemble des acteurs impliqués dans le projet se réunit une à deux fois par an. Cette instance constitue un cadre d'échanges et permet de vérifier si les lignes directrices du projet sont respectées, de faire des points d'étape et de procéder aux réajustements nécessaires...

 

 

ABCIS : En tant qu'acteur de terrain de la filière maraîchère au Burkina Faso, quels sont les bénéfices concrets qu'on peut tirer d'un tel partenariat ?

 

AT : Les bénéfices sont visibles à plusieurs titres. Les meilleurs rendements obtenus ont permis d'assurer de meilleurs revenus aux producteurs et de meilleures ventes, plus organisées, pour les commerçants. Les surfaces cultivables ont augmenté. La diversification des cultures, l'apprentissage d'une agriculture biologique, l'intensification de la concertation entre les acteurs ont apporté une certaine professionnalisation à la filière. Grâce au réseau constitué par des acteurs bretons impliqués dans le projet, des techniciens burkinabés ont eu l'opportunité de venir se former en Bretagne dans des coopératives agricoles. Les avantages sont nombreux et partagés des deux côtés.

 

ABCIS : Quels sont les objectifs et les projets pour les mois à venir ?

 

AT : Un important chantier est en prévision : la construction d'un bâtiment frigorifique afin de pouvoir conserver et stocker des produits maraîchers et ainsi en limiter la perte, due à leur nature périssable.

D'une manière plus générale, l'amélioration des conditions de travail des femmes (notamment pour la récolte et la commercialisation des légumes) et la gestion rationnelle de l'eau sont aussi des défis à relever.

 

ABCIS : Un dernier mot sur votre parcours, votre formation...

 

AT : De formation ingénieur agroalimentaire, j'ai occupé auparavant des postes de consultant/expert sur des projets de développement en Afrique de l'Ouest.

 

 

ABCIS : Une dernière chose à ajouter ?

 

AT : Je doutais qu'un tel projet, qui oscille entre le politique et le technique, puisse être porteur et fructueux. Mais depuis que j'occupe ce poste de coordinateur du programme maraîcher, mes doutes et mes préjugés se sont dissipés. En effet, c'est un projet orienté politiquement, mais qui donne des résultats concrets, car il implique, à l'échelle d'une filière, des professionnels spécialisés dans leur secteur, capables d'apporter leur expertise et leurs compétences au service d'autres professionnels, tout en s'appuyant sur les forces locales, en prenant en compte le contexte local, les spécificités du territoire, culturelles...Ce type de partenariat est à développer et à encourager.