Acteurs Bretons de la coopération internationale et de la solidarité

Région BretagneActeurs Bretons de la coopération internationale et de la solidarité
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Mise en ligne en août 2009

Une filière coton bio et équitable entre la Bretagne et l'Afrique de l'Ouest

Récolte du coton

Ce projet de développement et de promotion d'une filière de coton biologique et équitable est né en 2006 des relations de coopération économique et des liens actifs qui se sont créés entre la Région Bretagne et les pays d'Afrique de l'Ouest, membres de l'UEMOA (Sénégal, Mali, Burkina Faso, Niger, Togo, Bénin, Côte d'Ivoire et Guinée Bissau).

Le projet comprend trois axes principaux :

  • Accompagner la production d'une offre de coton bio-équitable
  • Organiser et structurer la demande en Bretagne
  • ppuyer la création d'un outil industriel de transformation (filature, tissage, confection)

1. Accompagner la production d'une offre de coton bio-équitable :

Après plusieurs mois de contacts et d'expertise, la Commission de l'UEMOA et la Région Bretagne ont décidé de soutenir l'ONG Helvetas pour mettre en œuvre cette première étape dans deux zones :
- l'Office de la Haute Vallée du Niger, au Mali (20 villages, 2000 hectares et 3000 producteurs concernés à terme)
- la région de Fada N'Gourma au Burkina Faso (10 villages, 1600 hectares, 2000 producteurs concernés à terme)

L'ONG a mis en place un programme d'accompagnement et de formation sur 3 ans pour aider les cotonculteurs maliens et burkinabés à passer d'une culture de coton conventionnelle, en crise depuis plusieurs années face à l'effondrement des cours mondiaux, à une culture biologique et équitable pour laquelle la demande est forte dans les pays du Nord. L'objectif est d'atteindre une production de 2900 tonnes de graine de coton d'ici 2010.

Coton biologique et équitable : qu'est-ce que cela signifie ?

Le coton biologique est cultivé sans engrais ni pesticides chimiques, privilégiant ainsi des composts naturels, et sans OGM. La culture du coton bio permet une réduction de la consommation d'eau nécessaire, mais elle exige une rotation des cultures pour oxygéner la terre, la préserver et casser le cycle potentiel des maladies. L'assolement idéal, dans le cadre d'une culture de coton biologique est l'enchaînement : Coton (année 1) – Céréales, ou hibiscus, sésame (année 2) – légumineuses : soja, pois chiche, arachides, haricot, niébé… (année 3). Ces cultures doivent également être gérées biologiquement.

La dénomination « coton équitable » signifie qu'un prix plancher est garanti aux producteurs : le kilo de graines de coton bio leur est acheté 302 fcfa (dont 34 fcfa reviennent à la coopérative de producteurs), alors que pour du coton conventionnel, ils perçoivent 160 fcfa/kg au Mali et 145 fcfa/kg au Burkina. Les entreprises partenaires s'engagent à respecter les principes du commerce équitable : juste rémunération des producteurs, respect des droits fondamentaux des personnes, préservation de l'environnement, respect du consommateur par une offre de produits de qualité, traçabilité, cohérence et transparence sur toute la filière.

Pendant cette période de mutation (3 ans), un financement public est nécessaire pour permettre aux producteurs d'intégrer pleinement les nouvelles méthodes de travail et d'atteindre le seuil de rentabilité et d'autonomie. Celui-ci, à hauteur de 740 000 euros, est assumé conjointement par l'UEMOA (1/3), et la Région Bretagne (2/3).

2. Organiser la demande en Bretagne

Face à la demande croissante des consommateurs du Nord, les entreprises de transformation rencontrent de plus en plus de difficultés dans leurs approvisionnements en coton biologique ; c'est pourquoi 5 grandes entreprises de l'Ouest se sont associées au projet : Armor Lux, Ekyog, Dolmen, Fileuse d'Arvor et TDV. Ces entreprises se sont engagées à respecter les principes du commerce équitable. En échange, elles vont pouvoir sécuriser leurs approvisionnements en coton bio équitable et s'assurer une production réservée, garantie en qualité et en quantité ; en effet, la totalité des tonnages de coton bio et équitable produits dans le cadre de ce contrat de partenariat seront réservés en priorité aux entreprises bretonnes (fabricants, distributeurs) associées au projet.
Au-delà, toutes les opportunités qui permettent de promouvoir le coton bio équitable en Bretagne sont explorées, notamment auprès des collectivités locales pour leurs vêtements de travail. De multiples autres acteurs sont mobilisés en Bretagne : des banques mutualistes, des ONG, des associations et réseaux du commerce équitable, des lycées professionnels, des personnes qualifiées et experts scientifiques, la diaspora d'Afrique de l'Ouest…

Exemple de mobilisation sur le territoire breton :
Le lycée Louis-Guilloux, à Rennes, a travaillé à la réalisation d'une tenue en coton bio par les élèves de BEP mode et recyclage des déchets textiles.

L'association Ingalan appuie des coopératives de femmes au Burkina Faso pour développer une filière de valorisation du coton : filature, tissage, confection. Les graines sont conservées pour en tirer de l'huile.

3. Appuyer la création d'un outil de transformation en Afrique

Pour que les pays producteurs captent la valeur ajoutée en aval de la production du coton et créent des emplois, et pour que cette démarche gagne en cohérence (favorisant les circuits courts), les pays de l'UEMOA devront être présents en aval de la production et envisager la création d'un outil industriel de première transformation, avec le concours des acteurs bretons.

La première évaluation de ce projet, réalisée en décembre 2008 a montré que, si des ajustements sont nécessaires, les premiers impacts attendus sur la dynamique de développement ont été atteints : revenus supérieurs, impacts sur la santé, développement de projets collectifs et coopératifs, création d'emplois pour des femmes…
Ce projet, à l'interface du développement économique, de la solidarité internationale et de la coopération décentralisée montre qu'on peut marier éthique et économie par la recherche d'intérêts réciproques. Soutenu par l'Etat français, il permet de mobiliser aussi bien en Bretagne qu'en Afrique de l'Ouest de nombreux partenaires, et contribue à l'émergence de nouveaux projets dans des domaines variés : cultures vivrières, valorisation artisanale, micro-crédit…

Pour en savoir plus :
La plaquette de communication réalisée par la Région Bretagne en septembre 2009
Le communiqué de presse réalisé par la Région Bretagne en septembre 2008
Le guide de production du coton bio, par l'ONG Helvetas