Acteurs Bretons de la coopération internationale et de la solidarité

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Agriculture et solidarité internationale

Documentaire Terres à taire : histoires de soja ici et là-bas (mise en ligne en janvier 2011)

Affiche terres à taire

Entretien avec Ronan Guernion, agriculteur dans les Côtes d'Armor, ayant repris l'exploitation agricole familiale le 1er mai 2008 et Elise Laudren, en recherche d'emploi, deux des huit membres bretons de l'association Aman y Alla initiateurs et réalisateurs du documentaire « Terres à taire : histoires de soja ici et là-bas »

Plusieurs questions à Aman y Alla
aman = ici en breton ; alla = là-bas en espagnol

ABCIS : Pourquoi avoir eu l'envie de monter cette association ? Qu'est ce qui vous a amené à travailler sur le sujet ?
EL : Nous sommes tous enfant d'agriculteur. A l'origine, nous étions investis dans des réseaux de jeunesse et d'éducation populaire (MRJC, CCFD-Terre solidaire…). En mars 2008, le CCFD du Finistère a accueilli une représentante d'une association partenaire du CCFD-Terre solidaire au Paraguay, la CODEHUPY (coordination des droits de l'homme).
Marcella Zub Centeno, avocate à la CODEHUPY, nous a beaucoup parlé de la situation agricole de son pays, de la culture du soja et des élevages hors sol ,et des enjeux que cela représente. Interpellés par les interdépendances agricoles entre les pays du Nord et du Sud, et au niveau du soja en particulier, puisque la Bretagne en importe beaucoup pour ses élevages de porcs, de volailles et de vaches, très consommateurs de protéines végétales, nous avons eu l'idée de rendre compte de cette problématique du soja sous la forme d'un regard croisé Bretagne-Paraguay, avec une réelle volonté de changement face aux problèmes de souveraineté alimentaire qu'elle soulève par rapport aux cultures vivrières. L'agriculture est la base de tout, manger, c'est vivre, donc ce sont des questions trop importantes pour ne rien faire.
RG : La grande question qui nous anime est de savoir et de comprendre ce qui a fait qu'on en est arrivé là aujourd'hui. Beaucoup de gens sont si éloignés maintenant des questions fondamentales de la vie, comme la nourriture, qu'ils peinent parfois à identifier des aliments, à dire comment ils sont produits... Ces négligences et ces défaillances dans le système font appel à un retour à un certain sens moral et à plus de bon sens.
EL : Le choix du documentaire est venu plus tard, dans un premier temps, nous voulions observer de nos propres yeux, voir sur place ce que l'on pouvait faire concrètement.

ABCIS : Quelle est la finalité de votre projet ?
RG : on ne voulait surtout stigmatiser personne, mais au contraire montrer les dysfonctionnements et les solutions qui existent des différents côtés : consommateurs, agriculteurs, politiques, car on a trop souvent tendance à accuser tel ou tel acteur.
Ce n'est pas du tout un film moralisateur, mais il tente au contraire de faire comprendre que les conséquences du modèle agricole productiviste actuel, en l'occurrence en montrant la monoculture du soja dans le film, sont multiples et fortement liées et qu'elles forment un cercle vicieux (environnement, santé, cultures mal diversifiées, pauvreté..)

ABCIS : Pour conduire votre projet, avez-vous travaillé en lien avec un réseau de partenaires en France et au Paraguay ?
EL : En France, nous avons eu plusieurs partenaires financiers, pour notre voyage et la réalisation du DVD. De leur côté, le CCFD-Terre solidaire et le MRJC nous ont bien aidés à construire notre projet, même si le film a été conçu et imaginé par nous huit.
Au Paraguay, on a eu la chance de bénéficier des nombreux contacts de Marcella en tant que membre d'une coordination d'associations. C'est la raison pour laquelle le film donne la parole à un bon panel de personnes représentatives (représentants d'ONG, du Ministère, de professionnels, de citoyens)

ABCIS : Pourquoi avoir choisi le support du documentaire ? Comment et par qui est--il diffusé ? Seulement en Bretagne ?
EL : Le choix s'est porté sur un documentaire grand public et largement diffusable sur demande en milieu scolaire, lors de soirées publiques, dans le milieu agricole…Jusqu'à maintenant, il a surtout été diffusé en Bretagne, mais aussi en Normandie par exemple.
RG : Il est diffusé majoritairement dans des établissements et centres de formation agricoles. La sensibilisation doit s'effectuer à ce niveau là, car ce sont eux, les agriculteurs de demain, qui peuvent changer le cours des choses.

ABCIS : Vous avez opté pour une sortie DVD pour que le documentaire soit accessible à un maximum de public ?
RG : Le DVD laissera une trace, pour que le documentaire puisse être vu même quand nous ne pourrons plus en assurer la projection. De plus, le livret pédagogique qui l'accompagne donne des pistes pour un bon visionnage avant (des animations à prévoir avec des exemples de jeux, un fonds documentaire et une filmographie…) et après (préparation d'un débat, échange).
EL : L'avantage du DVD est qu'il est libre de droit, c'est-à-dire qu'il peut être diffusé après achat librement dans les établissements scolaires, les bibliothèques…, ce qui en fait un outil de communication pérenne

ABCIS : Quel message voulez-vous passer à travers le film ? Côté agriculteurs ? D'un point de vue consommateurs ?
EL : Nous, on veut simplement dire que chacun a le choix, quelle que soit sa place dans les chaînes de production-consommation de matières agricoles...et qu'il est responsable de ses choix.
RG : Le consommateur a le choix de consommer moins de viande, car sa consommation est beaucoup trop importante ; l'agriculteur a le choix de cultiver ses surfaces autrement en privilégiant une autre alimentation pour ses animaux d'élevage. Ce sont deux exemples d'alternatives à la production de soja.

ABCIS : La diffusion dure depuis près d'un an maintenant, la sortie du DVD date d'il y a 6 mois, avec un peu de recul, quels sont les retours que vous en avez ?
EL : les soirées publiques réunissent plutôt un public adulte déjà sensibilisé et ayant déjà accompli pour certains, un premier pas vers des alternatives. Le sentiment général qui en ressort pour eux est que le film est intéressant, surtout car il a été réalisé par des jeunes, mais qu'il paraît difficile de faire prendre conscience de ce problème à tout le monde et donc de faire changer les choses, car c'est un problème complexe, résultant des choix des consommateurs, des producteurs mais aussi des politiques au niveau français et européen, des spéculateurs de matières premières agricoles…
Les scolaires sont moins pessimistes, plus ouverts et comprennent que des solutions existent dans le film
RG : Cela prouve que l'effort de sensibilisation doit être accentué sur les jeunes, car ils comprennent que leur avenir est entre leurs mains.

ABCIS : Votre projet est un peu anachronique, pas vraiment dans l'air du temps, dans le sens où vous représentez des jeunes, issus du milieu rural, qui s'intéressent à la géopolitique et à l'actualité internationale : l'agriculture (métier qui a longtemps été considéré comme ringard dans l'opinion publique) à l'opposé des jeunes exposés dans les media. Vous partagez ce point de vue ?
EL et RG : (rires) Nous pensons plutôt qu'on nous montre ce qu'on veut bien nous montrer des jeunes. Nous pouvons simplement affirmer qu'on en côtoie beaucoup comme nous qui s'impliquent au sein d'associations ou de mouvements pour des causes qu'ils considèrent comme vitales.

ABCIS : Quelle est la suite que vous comptez donner au projet ?
EL et RG : ça fait maintenant trois ans que le projet a démarré, nous allons petit à petit nous en éloigner, mais il durera tant que des projections nous seront demandées.
EL : on va se renseigner aussi pour mettre le documentaire en accès libre sur Internet

 

 

Pour connaître le desciptif du film

Pour consulter le blog de l'association

Si vous souhaitez demander la projection du film ou acquérir le DVD, il vous sufiit d'envoyer un mail à l'association à projet.paraguay@yahoo.fr qui prendra directement contact avec vous